Réflexions d’une femme sans enfant sur la fête des mèresJamie

Écrit par Janell Jensen Gehmlich, traduit par Véronique Groux Jensen

On m’a demandé de faire le discours de clôture de la réunion de Sainte-Cène pour la fête des Mères. J’ai tout de suite dit non! Quelque chose que je ne fais rarement. Prendre la parole à la réunion de Sainte-Cène n’est pas un  problème pour moi. Le jour de la Fête des mères? Pourquoi moi? Tout ce que j’aurais à dire, ne  serait pas du tout habituel pour cette occasion. Il est temps d’élargir certains horizons, m’a-t ‘on dit! Nous voulons et avons besoin de plus qu’un point de vue. Voulez-vous partager le vôtre? Alors, j’ai dit que je le ferais. Et le voilà :

Il y a une histoire assez intéressante menant à me tenir debout à ce pupitre  aujourd’hui, que je ne vais pas  partager, mais la conclusion est que je suis ici, même si je ne célèbre pas vraiment la fête des mères. Je vais vous expliquer pourquoi. Nous allons voir si je vais être capable de le faire.

Il y a beaucoup de raisons pour moi de ne pas célébrer particulièrement la Fête des mères. Ce n’est certainement pas parce que les mères ne méritent pas de la reconnaissance, de l’amour et de la gratitude, ma mère certainement le mérite. Au contraire, je crois que les mères devraient obtenir cette reconnaissance, d’amour et de gratitude 365 jours par an. Mais, le jour de la fête des mères peut être un moment difficile pour beaucoup de gens. Alors que Ben est capable d’appeler sa merveilleuse mère (j’ai la chance d’avoir une super belle-mère !)Moi,  Je ne peux plus téléphoner ou faire une carte à la mienne parce que ma mère souffre d’une maladie mentale telle qu’elle ne comprend plus quand on lui parle, ne parle plus et ne reconnaît plus personne, y compris sa famille. Ma mère ne sait plus qui je suis!

J’ai vu des mères de tous les âges s’asseoir et pleurer en ce jour : des  femmes qui ont enterre un enfant, d’autres  qui ne savent littéralement pas où est leur, ou dont les enfants ont brisé leur cœur. J’ai vu des mères qui luttaient sans cesse  contre le sentiment que leur meilleur n’est jamais assez, s’effondrer un peu plus sous le poids des histoires de ces mères parfaites. J’ai entendu des gens dont les mères ont été abusives envers eux, ou qui les ont  laissés se faire maltraiter et qui se  demandent pourquoi leur mère ne les aimait pas comme ces mères dont parlent les chants de la Primaire que les enfants chantent.

Comme femme sans enfant dans l’église, j’ai fait ma paix avec la Fête des Mères (un long processus et qui implique généralement que  mon mari m’emmène loin pour la fin de semaine). J’ai déjà dû plusieurs fois sortir d’une réunion quand le sujet de celle-ci était sur la raison d’une femme d’être sur terre est d’avoir des enfants, qu’ il n’y a pas de joie comparable que d’être une mère, que l’éducation des enfants est la chose la plus importante qu’une femme puisse faire de sa vie, que  vous n’avez jamais connu le vrai bonheur jusqu’à ce que vous soyez une mère et enfin, que  le seul but de l’église est la famille. Aucune de ces choses  ne s’applique à moi  et c’était tout simplement trop dur à entendre et supporter. Parfois, il y a des commentaires sur  les femmes sans enfant que si elles  sont patientes et ont la foi, elles ne seront pas privés du vrai bonheur et de cette joie dans l’éternité. Aussi que les gens comprennent combien il doit être difficile pour elles que leurs désirs justes ne s’exauceront pas et qu’ils savent aussi comment il doit est dur de passer à côté de ce bonheur et cette  joie. Permettez-moi de vous assurer que si vous n’avez pas parcouru ce chemin, alors vous ne savez pas !

L’impact de cette façon de penser est parfaitement illustrée par une observation faite après avoir lu un article en ligne récemment, un article  plein de belles vérités sur le rôle vital que les mères jouent dans la vie de leurs enfants et le salut de la prochaine génération et indiquant aussi que le seul  moyen de faire part du club des sœurs dans l’église était la maternité. Je comprenais exactement ce qui était dans le cœur de cette sœur quand elle a fait le commentaire suivant:
“Bel article! J’aimerais faire partie de votre club, mais je ne pense pas que je fais l’affaire. Je suis une sœur seule, d’âge moyen et dont en y pense souvent après coup. Je sais que l’Évangile est vrai. Je crois en l’importance de la famille, son rôle central dans l’Évangile et je comprends sa place, pourquoi il en est ainsi et pourquoi elle doit avoir une place de choix dans la vie et les enseignements de l’église. Même si  j’accepte ces choses, je serai toujours une personne à part, et je ne peux espérer atteindre que le deuxième place comme meilleures expériences de vie et pour effectuer les tâches les plus précieuses “.Mon cœur s’est brisé quand j’ai lu ceci. Et pas seulement pour cette sœur, mais pour toutes les Saintes des Derniers Jours qui en quelque sorte ne correspondent pas au stéréotype de la famille idéale sur laquelle  notre culture de l’église se concentre, qui luttent continuellement pour définir leur vie en fonction de ce cadre, et qui peuvent même penser que leurs offrandes devant le Seigneur sont en quelque sorte moindre parce qu’elles ne font pas l’affaire pour faire partie de ce club en particulier.

Le Seigneur n’a pas de clubs. Les bénédictions de l’Évangile de Jésus-Christ sont disponibles pour quiconque le désir, et est prêt à le suivre. 2 Néphi 26:33 nous enseigne « il les invite tous à venir à lui et à prendre part à sa bonté, et il ne repousse aucun de ceux qui viennent à lui, noirs et blancs, esclaves et libres, hommes et femmes; et il se souvient des païens; et tous sont pareils pour Dieu, tant le Juif que le Gentil ».J’imagine que lorsque Néphi a écrit ceci, autour de 550 avant J-C,  c’était une liste aussi complète qu’il pouvait faire. Tout le monde est invité à venir au Seigneur, même les païens seront convertis. Le Statut matrimonial et parental n’est pas sur la liste!

De nos jours, l’apôtre Joseph B. Wirthlin a enseigné dans la Conférence générale d’avril 2008 que:
«Certains (membres de l’église) sont perdus parce qu’ils sont différents. Ils ont un sentiment d’exclusion. Peut-être du fait qu’ils sont différents, ils se mettent s’écarter du troupeau. C’est peut-être qu’ils ont un aspect différents ou qu’ils agissent, pensent différemment de ceux qui les entourent et que cela leur donnent parfois l’impression qu’ils ne sont pas à leur place. Ils en concluent qu’on n’a pas besoin d’eux.

À cette idée fausse se rattache aussi la croyance incorrecte que tous les membres de l’Église sont censés avoir le même aspect, parler de la même façon et se ressembler. Le Seigneur n’a pas peuplé la terre en y mettant un orchestre de personnalités brillantes pour ne chérir que des bassons du monde. Chaque instrument est précieux et participe à la beauté complexe de la symphonie. Tous les enfants de notre Père céleste sont différents dans une certaine mesure, pourtant chacun a son propre beau son qui apporte de la profondeur et de la richesse à l’ensemble. »

Pour ma part, je suis reconnaissante pour la profondeur et la richesse de la composition des membres de cette église. J’ai appris à avoir une idée de qui et de ce que je suis. Des choses que j’ai  à la fois en commun  et  des choses qui me font différentes des autres. Je suis une fille de mon Père céleste, comme le sont toutes les sœurs. Je suis une femme forte et capable, parmi beaucoup d’autres. Je suis une sœur de la Société de Secours qui ne fait pas d’artisanat, déteste faire la cuisine, qui a pris son chien de 138lb  pour voir les sœurs qu’elle visite le mois dernier et qui a passé son temps libre cette semaine en apprenant un nouveau morceau sur sa basse. Je suis une femme, une belle-fille, une sœur, une petite-fille, une tante, une amie, une hygiéniste dentaire, une étudiante, une enseignante, une cheffe et une tutrice, le tout avec des degrés variables de succès, selon la journée. Une chose que je ne suis pas,  une mère et je l’accepte. Pour une raison quelconque, les choses que le Seigneur désire de moi n’impliquent pas ou n’exigent pas de moi, d’avoir mes propres enfants ou d’adopter en ce moment. Je le sais sans aucun doute!

Chaque personne sur la surface de cette terre ont des déceptions, des difficultés et des chagrins, Ça fait partie de l’expérience humaine universelle. Je ne connais personne dont la vie s’est avérée exactement comme elle le pensait et  est arrivée comme elle l’avait prévue. Mais cela ne signifie pas que nous sommes privés de bénédictions, ou des capacités et des circonstances pour accomplir ce que le Seigneur  demande à chacun de nous de faire ici. Bien que j’aie beaucoup pleuré la perte des enfants que j’ai toujours cru que j’aurais, je comprends aussi que cette douleur n’est pas un fardeau que je ne peux porter avec moi pour avancer. C’est comme dire : «Eh bien, Seigneur, bien que je sois heureuse d’être née d’une famille aimante, d’avoir la lumière de l’Évangile dans un pays de liberté et de paix, une bonne santé, la possibilité de recevoir une éducation, avoir un bon emploi, un mari qui m’aime en dépit d’avoir à me supporter, d’avoir beaucoup de bonnes personnes qui se soucient de moi. Tu m’as vraiment laissé tomber sur cette histoire d’enfants !! J’aurais le cœur brisé pour le reste de ma vie, je n’aurais aucune fierté dans  tous mes accomplissements car ils ne seront jamais plus que de deuxième  ordre, et je sais que tout le bonheur que je ressens sera inférieur à ce qui aurait pu être. » Cela, pour moi, ce serait non seulement illogique, mais afficher la pire espèce d’ingratitude qui pourrait. Je sais que ma vie n’est pas un prix de consolation, parce que je ne crois pas tout simplement que ce soit la façon dont notre Père céleste fonctionne. Je sais qu’il m’a toujours et continuera  toujours à me donner des personnes et des possibilités qui me permettront d’atteindre mon bonheur et ma joie ici sur cette terre. Je crois qu’il ne s’attend à rien de moins que la meilleure vie que je puisse avoir pour  moi. Il m’a fallu des années pour arriver à cette compréhension, mais quand je l’ai fait, ça a profondément changé ma vie. Je voudrais que ça soit quelque chose que je puisse partager avec la sœur qui a écrit ce commentaire plus tôt, si découragée par  sa valeur et par ce qu’elle avait à offrir.

Le prophète Joseph a enseigné que le principe fondamental de notre religion est l’Expiation de Jésus-Christ, et que « toutes les autres choses qui ont trait à notre religion ne sont que appendices à elle. » La raison pour laquelle nous sommes sur cette terre est de devenir comme notre Sauveur, et donc, comme l’apôtre Russell M. Nelson a enseigné à la Conférence générale d’avril 2012 : « Les attributs sur lesquels nous serons jugés un jour sont tous spirituels. Il s’agit de l’amour, de la vertu, de l’intégrité, de la compassion et du service envers autrui » Aussi simpliste que cela puisse paraître , tout ce qui concerne l’évangile de Jésus-Christ et  son Église y compris les familles dans toutes leurs formes , sont un moyen pour nous de l’imiter quand nous apprenons , grandissons, nous nous servons les uns les autres ; respectons nos alliances et  donnons notre meilleur effort  pour traverser les expériences de la vie que Père céleste veut pour nous  jusqu’à ce que nous puissions  revenir à Lui. Le président Monson et d’autres nous l’ont rappelé  à maintes reprises. Tout le monde est à un stade différent de son parcours de vie,  toutes les routes parcourues ne sont pas les mêmes. Notre place n’est pas de porter des jugements ou des comparaisons, bonnes ou mauvaises. Notre travail consiste à offrir de l’amour et du soutien à nos compagnons de voyage, à n’importe quelle étape de leur voyage et sur n’importe quel chemin où  nous les rencontrons.

Donc, mères, je vous remercie pour tout ce que vous faites, à aimer et à enseigner à vos enfants. J’ai enseigné et travaillé avec les jeunes, et ils sont des enfants remarquables. Élever un adolescent est une réalisation louable, c’est sûr! Mais, si vos enfants utilisent leur libre arbitre pour aller d’une manière différente de ce que vous souhaitez, s’il vous plaît rappelez-vous que le libre arbitre est très important à  Père céleste et qu’il permet à ses enfants de l’exercer, en dépit de ce qu’ils peuvent faire avec. Lui, qui est un parent parfait, a perdu un tiers de ses enfants quand ils ont choisi de ne pas le suivre. Sachez que votre meilleur est assez bon, et nous vous aimons, vous  honorons et apprécions tous vos efforts.
Puissions-nous, nous souvenir et exprimer l’amour aujourd’hui pour ceux qui pleurent un enfant, dont les bras sont vides quand ils auraient dû être autrement, qui ont perdu leur mère trop tôt, ou qui n’ont jamais connu l’étreinte d’une mère aimante. Puissions-nous avoir la force, la paix et le réconfort de l’Expiation, et  sentir l’amour du Seigneur autour de nous, en ce jour de la Fête des mères.

Blog originale en anglais à: http://childlessmormonsupport.com/?p=406